Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis

 (Le don de la vocation presbytérale)

Une relance notable de l’esprit missionnaire pour affermir la formation des prêtres du XXIe siècle

La Congrégation pour le clergé s’ajuste à notre monde qui se transforme en proposant un document de référence qui renouvelle et enrichit le mandat missionnaire des prêtres de l’Église catholique. Le don de la vocation presbytérale (Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis) est une nouvelle mouture d’un texte, paru en 2016, qui supplée aux précédentes versions produites en 1970 et en 1985. Le document de 93 pages inclut les différentes contributions des papes saint Jean Paul II, Benoît XVI et François.

La formation poursuit l’objectif de discerner et de soutenir l’authenticité de la vocation presbytérale suscitée par l’Esprit Saint. Le candidat qui s’y engage naturellement accueille ainsi d’entrer dans une grande aventure intérieure, celle de gravir les échelons d’un mûrissement altruiste, d’une métamorphose du cœur qui le préparent à l’« envoi missionnaire » qu’est l’exercice du ministère sacerdotal.

« Étant donné que le disciple prêtre provient de la communauté chrétienne et retourne à cette communauté pour la servir et la conduire comme pasteur, la formation est naturellement missionnaire, ayant pour fin la participation à l’unique mission confiée par le Christ à son Église, à savoir l’évangélisation sous toutes ses formes. » (p.5)

Notre société subit des changements rapides qui influent sur les plans historique, socioculturel et ecclésial, et la vision du prêtre ainsi que les besoins des communautés connaissent également une évolution. Motivée par les enjeux et les défis de la nouvelle évangélisation, l’Église adapte ainsi la formation aux temps nouveaux par le biais de cette mise à niveau. Tout en demeurant fidèle à sa longue tradition, elle oriente le séminariste vers un équilibre de vie qui confère une place privilégiée à la vie intérieure, alimentée par la prière et l’écoute de Dieu. Un nouvel éclairage dans ce sens y est également présenté pour accompagner les prêtres qui en sont en leurs premières années de ministère pastoral.

« Ce cheminement de vérité envers soi-même requiert un soin attentif de la vie intérieure, par la prière personnelle, la direction spirituelle, le contact quotidien avec la Parole de Dieu, la « relecture dans la foi » de la vie sacerdotale avec les autres prêtres et l’évêque, et tout ce qui permet de cultiver les vertus de prudence et de bon jugement.  » (p.24)

Le document de la Congrégation met notamment en relief un concept de parcours intégral pour guider de manière bénéfique le candidat appelé à l’oeuvre et la mission de ministre de l’Évangile. Ce parcours implique l’interaction simultanée de quatre étapes qui englobent les dimensions humaine, intellectuelle, spirituelle et pastorale. Au fil du cheminement, le participant entre en contact avec multiples réalités et situations qui le font progresser dans un dépouillement de lui-même au profit d’un total don de soi.

« L’idée de fond est que les séminaires puissent former des disciples missionnaires « passionnés » pour le Maître, des pasteurs ayant « l’odeur des brebis », qui vivent au milieu d’elles pour les servir et leur apporter la miséricorde de Dieu. Il est donc nécessaire que chaque prêtre se perçoive toujours comme un disciple en marche, ayant constamment besoin d’une formation intégrale, c’est-à-dire d’une continuelle configuration au Christ. » (p.5)

Conformément à ces principes, le modèle d’itinéraire se caractérise en outre par l’ajout d’une dimension communautaire qui favorise l’épanouissement de la vie sacerdotale ouvrant sur une vivifiante « culture de la rencontre », tel qu’inspiré au coeur du pape François. Pas à pas, le séminariste s’anime d’un esprit fraternel véritable qui transforme son coeur en celui d’un homme de communion et de compassion et qui l’achemine vers une authentique coopération à la mission du Christ :

« Cette formation a, dès l’origine, un caractère éminemment communautaire. En effet, la vocation au presbytérat est un don que Dieu fait à l’Église et au monde, une voie pour se sanctifier et sanctifier les autres, qu’on ne peut parcourir de façon individualiste ; elle a toujours comme référence une portion concrète du peuple de Dieu. Cette vocation, découverte et accueillie à l’intérieur d’une communauté, mûrit et prend forme au séminaire dans le cadre d’une communauté éducative qui comprend différentes composantes du peuple de Dieu ; elle amène le séminariste à faire partie, avec l’ordination, de la « famille » du presbyterium, au service d’une communauté concrète. » (p.5)

Régénérescence missionnaire

En d’autres termes, les aspects humain et missionnaire sur lesquels repose principalement la formation conduisent le séminariste à se découvrir, d’abord lui-même, dans sa propre humanité. Il travaille ainsi à acquérir la maîtrise de soi et une maturité qui le préparent à placer au centre de sa vie le « discernement pastoral » qui résulte de l’écoute évangélique. L’exercice de la charité pastorale le dispose de ce fait à élever son regard vers une Église en sortie, vers l’« appel des périphéries », ces nouveaux lieux ciblés de la mission de la Nouvelle évangélisation, qui ne sont pas seulement géographiques, mais qui soulèvent également les problèmes existentiels de l’être humain absorbé dans un monde de plus en plus sécularisé.

« L’appel à devenir les pasteurs du peuple de Dieu exige une formation qui permette aux futurs prêtres d’être experts dans l’art du discernement pastoral, c’est-à-dire capables d’une perception profonde des situations réelles et d’un bon jugement pour les choix à poser et les décisions à prendre. Pour pratiquer le discernement pastoral, il faut mettre au centre de sa vie l’écoute évangélique qui libère le pasteur de la tentation d’être abstrait, de faire « cavalier seul », d’être trop sûr de soi et de cette attitude froide et sèche qui ferait de lui un « comptable de l’esprit » plutôt qu’« un bon samaritain ». « (p.54)

L’aspirant au sacerdoce franchit conséquemment les étapes d’une croissance spirituelle soutenue et orchestrée de main de maître spirituel. On lui apprend à intégrer dans sa vie quotidienne les différents éléments qui lui permettront de surmonter les écueils et de devenir un berger au service de la grande famille humaine. Car l’appel authentique qui retentit par sa vocation est résolument celui d’un gardien du troupeau, vigilant et attentif, toujours prêt à chercher la brebis égarée pour la ramener au bercail et pour la mener paître dans un vert pâturage. En définitive, le prêtre du XXIe siècle s’engage incontestablement à épouser une vie de sainteté, modelée sur le comportement miséricordieux du « bon samaritain ».

« Comme l’a rappelé le Pape François, « nous n’avons pas besoin […] de prêtres fonctionnaires qui, tout en jouant un rôle, cherchent leur consolation loin du Christ. Seul celui qui tient son regard fixé sur ce qui est vraiment essentiel peut renouveler son oui au don reçu et, dans les diverses étapes de la vie, ne pas oublier de faire le don de soi-même ; seul celui qui se laisse conformer au Bon Pasteur trouve unité, paix et force dans l’obéissance du service… » (p.38)

Par le moyen de ce précieux document de référence, l’Église oeuvre ultimement à engendrer des « disciples missionnaires en marche au rythme des battements d’un cœur qui brûle pour le Maître et pour le peuple de Dieu », comme déjà exprimé par le Pape François. Des prêtres à l’image des premiers apôtres. Et c’est dans la foi en l’amour de prédilection que leur porte la Vierge Marie, Mère de l’Église, qui les accompagne jusqu’au bout de leur mission, qu’ils parviendront à goûter à la plénitude de ce bonheur.